Quand l’État bloque l’avenir de sa jeunesse

Un État incapable de délivrer un simple passeport, mais parfaitement organisé pour monnayer les droits des citoyens : voilà le vrai visage de la gouvernance au Congo.

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Le calvaire administratif des citoyens sous Denis Sassou Nguesso

Au Congo-Brazzaville, l’échec de la gouvernance ne se mesure plus seulement à l’absence d’eau potable, d’électricité ou de salaires décents. Il se vit désormais dans les détails les plus élémentaires de la vie quotidienne, là où l’État devrait au minimum fonctionner. Le simple droit à un passeport est devenu un parcours d’humiliation, de lenteur organisée et de corruption assumée.

Deux de mes enfants ont obtenu le baccalauréat en 2025. Comme beaucoup de jeunes Congolais, ils espéraient poursuivre leurs études à l’étranger grâce à des bourses. Dès le mois de septembre, leurs dossiers de passeport ont été déposés au CID (ex-DST). Depuis, le néant. Des mois d’attente. Aucun document délivré. Aucun délai respecté. Aucune explication sérieuse.

À chaque déplacement à la préfecture, la réponse est la même, répétée comme un slogan vide de sens : « en production ». Une formule devenue le symbole d’un État qui ne produit rien, si ce n’est la frustration, la colère et le découragement. Pendant ce temps, les délais de dépôt des dossiers de bourse approchent, et l’avenir de ces jeunes est suspendu à l’incompétence administrative.

Le plus grave n’est même pas la lenteur. Le plus grave, c’est la normalisation de la corruption. En sortant d’un service, j’ai croisé un individu tenant plusieurs passeports en main. À ma question sur le blocage de la production, sa réponse a été glaçante : « Il y a un problème de cartons. Mais si tu veux les passeports en 48 heures, c’est 250 000 FCFA par passeport. » Voilà où en est le Congo : un pays où l’illégalité va plus vite que l’administration, et où le droit devient un produit de luxe.

C’est cela, le bilan réel du gouvernement d’Anatole Collinet Makosso et de Denis Sassou Nguesso. Un État incapable de fournir des documents officiels à ses citoyens, mais parfaitement organisé pour extorquer ceux qui n’ont pas d’autre choix. Une gouvernance qui bloque la jeunesse, sabote les chances d’avenir et transforme chaque démarche administrative en opportunité de racket.

Pendant que le pouvoir se félicite de bilans imaginaires, la réalité est brutale : des jeunes diplômés sont empêchés de poursuivre leurs études, non par manque de mérite, mais par l’effondrement total des institutions. Même délivrer un passeport est devenu un exploit.

Ce que vit cette famille, des milliers de Congolais le vivent chaque jour. Ce n’est pas un dysfonctionnement ponctuel, c’est un système. Et tant que l’échec sera célébré comme une réussite, tant que la corruption sera tolérée au sommet de l’État, le Congo continuera de perdre sa jeunesse, non pas par choix, mais par abandon.

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