La situation sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC) a atteint un seuil critique. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a lancé un appel pressant à une réaction « claire et résolue » afin d’éviter une fragmentation du pays aux conséquences régionales incalculables.
Selon lui, l’offensive de l’AFC/M23 sur l’axe d’Uvira, avec le soutien présumé des Forces de défense rwandaises (RDF), marque une escalade militaire majeure. Cette évolution est d’autant plus alarmante qu’elle intervient seulement quelques jours après la signature, le 4 décembre à Washington, d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, censé ouvrir une nouvelle ère de désescalade.
Une dynamique de balkanisation en marche
L’expansion territoriale du M23, l’installation d’administrations parallèles et l’effritement de l’autorité de l’État dans certaines zones du Sud-Kivu nourrissent une dynamique dangereuse qui menace directement l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC. Le fossé entre les efforts diplomatiques internationaux et la réalité vécue par les populations civiles n’a jamais été aussi flagrant.
La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a alerté sur un « risque majeur de régionalisation du conflit », évoquant notamment des tirs ayant déjà touché le territoire burundais. Moins d’une semaine après les accords de Washington, a-t-elle déploré, « certains acteurs ont choisi de s’écarter des engagements librement acceptés ».
Le Rwanda de plus en plus mis en cause
Plusieurs délégations, dont les États-Unis et la France, ont directement mis en cause Kigali. Washington affirme que le Rwanda aurait fourni un soutien matériel déterminant au M23, allant jusqu’à déployer entre 5 000 et 7 000 soldats dans l’est de la RDC, ainsi que des systèmes de missiles sol-air. Plus grave encore, les forces rwandaises auraient participé directement à l’offensive sur Uvira.
« Au lieu d’avancer vers la paix, le Rwanda mène la région vers l’instabilité », a dénoncé le représentant américain, prévenant que des mesures appropriées seraient prises pour tenir les responsables pour comptables de leurs actes. Paris a, de son côté, averti que la prise d’Uvira ferait peser un risque sérieux et imminent d’embrasement régional.
Kigali rejette ces accusations et affirme agir face à ce qu’il qualifie de persécutions systématiques contre les Banyamulenge. Le représentant rwandais a également accusé les FARDC, leurs alliés burundais et des milices locales d’imposer des blocus humanitaires dans les Hauts-Plateaux de Minembwe.
Vers des sanctions et des mesures dissuasives ?
Face à ce qu’ils considèrent comme une violation répétée des engagements internationaux, plusieurs États ont appelé le Conseil de sécurité à adopter des mesures fortes. Le Burundi a notamment évoqué la nécessité de décisions « robustes », allant jusqu’à un embargo sur les armes.
La RDC a demandé l’application intégrale de la résolution 2773 (2025), l’imposition de sanctions ciblées contre les responsables politiques et militaires de l’agression, un embargo total sur les minerais exportés sous couvert rwandais, ainsi que la remise en cause du statut du Rwanda comme contributeur aux opérations de maintien de la paix.
« Nous sommes à un tournant décisif : soit l’ordre international est ouvertement bafoué, soit ce Conseil assume ses responsabilités », a martelé la cheffe de la diplomatie congolaise, dénonçant une impunité devenue systémique.
MONUSCO et protection des civils : un enjeu vital
Alors que le mandat de la MONUSCO doit être prochainement renouvelé, plusieurs délégations ont insisté sur la nécessité de lui donner des moyens et une flexibilité opérationnelle réels pour assurer la protection des civils, notamment dans les zones dépourvues de présence étatique. Un enjeu d’autant plus crucial que le Sud-Kivu ne relève plus de la zone d’opérations de la Mission.
Les témoignages humanitaires sont alarmants. Médecins sans frontières a révélé que près de 28 000 survivants de violences ont été pris en charge en six mois dans l’est du pays, soit en moyenne 155 personnes par jour. Attaques contre les structures de santé, banalisation des violences sexuelles, recrudescence du choléra, de la rougeole et du paludisme : la situation humanitaire se dégrade à grande vitesse.
Un avertissement sans équivoque
« Tant que les civils seront traités comme de la chair à canon, aucun processus politique n’apportera de véritable paix », a conclu le président international de MSF. L’offensive sur Uvira, loin d’être un incident isolé, apparaît comme la preuve brutale que les promesses diplomatiques ne suffisent plus.
Le Conseil de sécurité est désormais face à ses responsabilités. L’inaction ou la complaisance pourraient transformer une crise congolaise en une conflagration régionale durable, aux conséquences que nul ne pourra prétendre ignorer.




