Le gouvernement congolais a annoncé l’entrée en vigueur, à compter du 1er juin 2026, d’une nouvelle taxe sur les terminaux numériques équipés d’une carte SIM. Présentée comme un moyen de financer le développement de l’économie numérique, de renforcer les infrastructures technologiques et de lutter contre la fraude sur les appareils importés, cette mesure suscite pourtant de nombreuses interrogations.
Car au-delà des explications techniques et des promesses de modernisation, une question fondamentale se pose : les priorités du gouvernement sont-elles réellement les bonnes ?
Dans un pays où une grande partie de la population peine à satisfaire ses besoins essentiels, où les fonctionnaires dénoncent régulièrement des retards de paiement, où les salaires stagnent face à la hausse du coût de la vie, où le chômage frappe durement les jeunes et où les scandales de détournement de fonds publics se succèdent sans véritables sanctions exemplaires, la décision de créer une nouvelle taxe apparaît pour beaucoup comme une mesure injuste et déconnectée des réalités quotidiennes.
Le citoyen congolais assiste depuis des années à un phénomène récurrent : lorsque les caisses de l’État ont besoin de ressources, la solution la plus rapide semble toujours être de créer de nouvelles taxes ou d’augmenter celles qui existent déjà. Pourtant, lorsque vient le moment de traquer les grandes fraudes fiscales, les entreprises qui échappent à leurs obligations fiscales ou les responsables impliqués dans la disparition de milliards de francs CFA appartenant au peuple, le silence et l’inaction paraissent souvent prendre le dessus.
La véritable question est donc celle-ci : pourquoi toujours frapper les citoyens ordinaires avant de s’attaquer aux véritables sources de pertes financières ?
Un téléphone portable n’est plus aujourd’hui un produit de luxe. Il est devenu un outil indispensable pour travailler, étudier, communiquer, effectuer des paiements, accéder aux services administratifs ou encore développer une activité commerciale. Taxer davantage cet outil revient indirectement à augmenter le coût de la vie pour des familles déjà fragilisées économiquement.
Plus inquiétant encore, le dispositif prévoit qu’un appareil non déclaré ou non régularisé puisse être désactivé après un délai de 45 jours. Concrètement, cela signifie qu’un citoyen ayant acheté un téléphone à l’étranger ou reçu un appareil d’un proche pourrait se retrouver privé d’appels, de SMS et d’accès à Internet. Une mesure particulièrement sévère dans un contexte où le numérique est devenu indispensable à la vie quotidienne.
Cependant, il faut également reconnaître que le gouvernement avance plusieurs arguments qui ne sont pas totalement dénués de fondement.
Parmi les avantages potentiels de cette réforme figurent :
‣ Le financement des infrastructures numériques nationales ;
‣ Le développement de projets de transformation digitale ;
‣ L’amélioration de l’identification des appareils circulant sur le territoire ;
‣ La lutte contre la contrebande des téléphones ;
‣ La réduction du marché des appareils volés, clonés ou contrefaits ;
‣ La création de statistiques plus fiables sur les équipements numériques ;
‣ Le renforcement de la sécurité des réseaux de télécommunications ;
‣ Une meilleure traçabilité des importations grâce au registre central d’identité des terminaux (RCIT).
Sur le papier, ces objectifs sont légitimes. Aucun citoyen ne peut être opposé au développement numérique de son pays ou à la lutte contre les trafics illégaux.
Mais le véritable problème réside dans la confiance.
Comment demander de nouveaux sacrifices aux citoyens lorsque beaucoup ont le sentiment que les ressources existantes sont déjà mal gérées ?
Comment justifier de nouvelles taxes alors que les auteurs de détournements massifs de fonds publics ne sont que rarement inquiétés ?
Comment parler de transformation numérique alors que de nombreux services publics continuent de souffrir de dysfonctionnements chroniques ?
Le peuple congolais n’attend pas uniquement de nouvelles taxes. Il attend surtout de la justice, de la transparence et de l’exemplarité.



Avant de demander un effort supplémentaire aux citoyens, l’État devrait démontrer sa capacité à récupérer les milliards perdus dans la corruption, à faire payer les entreprises qui échappent à leurs obligations fiscales, à lutter efficacement contre les détournements de fonds publics et à rationaliser ses dépenses. Car un gouvernement fort n’est pas celui qui taxe le plus facilement les plus faibles. Un gouvernement fort est celui qui ose affronter ceux qui privent réellement le pays de ses richesses. Aujourd’hui, de nombreux Congolais ont le sentiment que l’on préfère tendre la main vers la poche du citoyen ordinaire plutôt que vers celle des fraudeurs, des corrompus et des prédateurs des finances publiques.
Et c’est précisément ce sentiment d’injustice qui alimente la colère et la défiance d’une partie croissante de la population.


